Ces questions ont été explorés grâce à une petite série d’entretiens qualitatifs auprès de personnes adolescentes du Québec. Quinze personnes de 15 à 17 ans ont été rencontrées pour documenter la place de l’actualité dans leurs pratiques numériques. Grâce à ces entretiens, 281 items de contenu, qui font l’objet de ce rapport ont été identifiés et analysés.
Comme la plupart des jeunes, les personnes rencontrées fréquentent régulièrement une diversité de plateformes socionumériques, lesquelles ont diverses fonctions, surtout concentrées sur le divertissement et les interactions interpersonnelles visant à tisser et entretenir les liens sociaux. Les contenus politiques ou liés à l’actualité n’occupent qu’une place relativement minime parmi les pratiques numériques de ces jeunes, même en y incluant tout autant les formats en images humoristiques que les liens vers des articles de presse classiques.
Sur le plan des sujets abordés, naturellement, le moment de la tenue des entretiens – juste avant le premier confinement au Québec en mars 2020 – a généré l’apparition inévitable du nouveau coronavirus (comme on l’appelait à l’époque) dans les actualités de tous les répondants. Pandémie à part, les contenus que analysés traitent d’une foule d’enjeux – l’environnement, les inégalités, le féminisme –, mais on trouve aussi des items très ciblés sur des projets de loi, des politiques ou des programmes publics quelconques. Une part substantielle des contenus est en fait orientée sur les personnalités politiques (Trump, Trudeau, Thunberg, etc.), avec un traitement plus souvent humoristique qu’orienté sur leurs postures idéologiques.
Enfin, on retrouve aussi plusieurs contenus liés à des faits divers ou encore aux célébrités, incluant les influenceurs ou les personnalités de téléréalité.
L’objectif n’était pas de faire le point sur les facteurs de socialisation politique, mais les principaux facteurs classiques de la socialisation politique se reconnaissent dans les données. Toutefois, un nouvel agent de socialisation politique se profile distinctement dans les résultats : les algorithmes de suggestions des plateformes numériques. Ceux-ci reproduisent et amplifient les distinctions qui existent entre les niveaux et formes de socialisation politique des adolescents.