Articles et ouvrages scientifiques 2024

Effets positifs des interventions en dépendance sur le rétablissement et le désistement du crime

Effets positifs des interventions en dépendance sur le rétablissement et le désistement du crime

Cette étude s’inscrit dans le projet 1A de l’axe 1 du Programme de recherche en partenariat (RÉ)SO 16-35, intitulé (Ré)intégration sociocommunautaire : point de vue des jeunes judiciarisés de 16-35 ans.

Suivant un devis de recherche qualitative, des entretiens semi-dirigés ont été réalisés auprès de jeunes judiciarisés de 16 à 35 ans et ce, à deux temps de mesure (environ 21 mois d’intervalle). T1 : 140 participant·es; T2 : 67 participant·es.

Les participant·es provenaient des régions de Montréal, de la Capitale-Nationale et de la Mauricie-Centre-du Québec et de différents secteurs d’intervention : centres jeunesse, services correctionnels, maisons de transition, organismes et projets de justice réparatrice pour adolescents et adultes, services publics et communautaires pour problématiques associées (dépendance, santé mentale, employabilité et hébergement).

Contexte

Les jeunes adultes sont surreprésentés dans les données correctionnelles. Ils présentent souvent des problématiques concomitantes telles que la dépendance à une ou des substances psychoactives (SPA), la pauvreté et des troubles de santé mentale. Les jeunes adultes judiciarisés vivent de multiples transitions impliquant une complexification des rôles sociaux et une redéfinition de leur identité. Plusieurs études ont montré que le traitement de la dépendance à une ou des SPA entraînait une diminution significative de la criminalité autorapportée et officielle. Au moins la moitié des personnes judiciarisées ont ou ont déjà vécu une dépendance. Inversement, de 40 % à 60 % des personnes admises en traitement de la dépendance auraient déjà commis au moins un délit. Les pressions judiciaires au traitement constituent une source de motivation externe au changement ainsi qu’un important levier de changement. Un cumul des épisodes de services est souvent nécessaire pour observer une diminution significative ou un arrêt durable de la consommation.

Objectifs

Comprendre comment les personnes judiciarisées de 16 à 35 ans perçoivent que les services et les intervenants en dépendance contribuent au rétablissement de leurs problèmes de dépendance à une ou des SPA et à leur processus de désistement du crime.

Échantillon

57 personnes judiciarisées :
– Qui avaient reçu des services en dépendance;
– 65 % de sexe masculin;
– L’âge moyen est de 25 ans.

La polyconsommation des SPA touche la majorité des participant·es : La durée moyenne de consommation est de 9 ans.

Types de délit : voies de fait (61 %), vols (58 %), possession simple de drogue (54 %), trafic de drogues (53 %) et bris de condition (53 %).

Résultats
L’aspect identitaire
– Les intervenant·es sont aidants lorsqu’ils reflètent les changements positifs observés, tentent de comprendre le point de vue de la personne, la considèrent dans sa globalité et qu’un arrimage avec les intervenant·es tient compte de la qualité du lien;
– Offrir une modalité d’intervention individuelle semble faciliter une alliance thérapeutique;
– Proposer des activités alternatives à la consommation pendant la thérapie amène la personne à développer d’autres centres d’intérêt;
– La possibilité de poursuivre ses études pendant la thérapie constitue un facteur facilitant et semble être associée à une image plus positive d’elle-même;
– Assumer des responsabilités ou des rôles prosociaux pendant la thérapie est mentionné comme étant valorisant;
– Le soutien lors des démarches de réinsertion leur permet de développer un sentiment de compétence ou d’autoefficacité face aux défis futurs.

L’aspect relationnel
– Les participant·es soulignent l’importance du savoir-être de l’intervenant·e, comme le non-jugement et la tolérance, ce qui contribue à l’alliance thérapeutique;
– Les intervenant·es qui possèdent un savoir expérientiel sont particulièrement appréciés par plusieurs participant·es.

L’aspect social
– Les services en dépendance influencent la nature et la qualité des relations sociales des personnes judiciarisées et contribuent ainsi à leur sentiment d’appartenance sociale;
– La thérapie interne en dépendance permet à certains de s’éloigner de leurs pairs déviants.

L’aspect cognitif
– Les intervenant·es en dépendance abordent les autres problématiques que l’usage de SPA avec leurs client·es;
– La thérapie interne suscite des prises de conscience, ce qui permet un calcul coûts-bénéfices de leur implication dans la consommation ou dans la criminalité.

À retenir

– La majorité des personnes judiciarisées dépendantes à des SPA perçoivent un lien important entre leur consommation et leurs délits;
– Les services et les intervenant·es en dépendance sont perçus comme les aidant à opérer des changements cognitifs, relationnels, identitaires et sociaux;
– Ces changements sont nécessaires au désistement du crime;
– Ainsi, les services et les intervenant·es en dépendance sont des agents de désistement du crime avec qui il est important de collaborer.

Référence bibliographique

Brunelle, N., L’Espérance, N., Meeson, J. S., Lapointe, S. et Drolet-Noël, M. (2024). Effets positifs des interventions en dépendance sur le rétablissement et le désistement du crime. Dans I. F-Dufour, N. Brunelle, R. Couture-Dubé et D. Henry (dir.), Désistement et (ré)intégration sociocommunautaire : L’expérience de jeunes judiciarisés de 16 à 35 ans (p.115-138). Presses de l’Université du Québec.

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